C’est un soumis qui aime les artistes. De ceux qui se tournent vers moi pour vivre une expérience cinématographique, un film dont je suis l’héroïne. Ou plutôt, bien souvent, la Grande Méchante. Celle qui a un plan bien ficelé pour mettre le monde à sa cuissarde. Celle qui ne reculera devant aucun sacrifice pour arriver à ses fins.
Je ne sais pas encore quelle Grande Méchante je serai aujourd’hui. Ce n’est pas la première fois qu’on se voit. J’ai déjà incarné devant lui une tortionnaire capturant des hommes pour satisfaire sa soif sanguinaire. Ou encore une vengeresse féministe décidée à en découdre avec les hommes pour tous leurs méfaits. Nous en avons d’excellents souvenirs. Ce que je sais, ce soir, c’est que la fiole que j’ai amenée avec moi lui sera fourrée sous le nez, et que chaque fois qu’il inhalera son parfum acre et toxique, il gagnera une vie supplémentaire. Pour le bon plaisir de mes longs gants opéra qui seront tentés, chaque fois, de la lui retirer. De voir ses yeux révulsés par la pression de mes doigts, de mes ongles sur sa gorge.
Un supplice de Tantale : périr indéfiniment de ma main, chaque fois qu’il revient à la vie.
Embrumé par les toxiques du poppers, le cerveau court-circuité par les pics d’adrénaline, il répète, encore et encore : “Who are you? Who are you? Who are you?”
Je comprends qui je suis en plongeant mon regard dans le sien à travers mon voile à dentelle, comme on plonge une lame dans un cœur battant.
”You want to know who I am, right, little one?
I am Death.”
L’union sacrée d’Eros et Thanatos, scellée par mes doigts autour de sa gorge.
Je repense à l’échange que nous avons eu à l’arrivée.
“Why do you like being chocked that much?
– Because I love to feel powerless. And you, why do you like to choke someone?
– Because I love to feel powerful.”
Dans un monde où les puissants se partagent le pouvoir ultime de manipuler et détruire la vie, nos simulacres consensuels, nos baises de fin du monde, la célèbrent. Dans la sueur, les larmes, le sang, et le sperme.

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